Histoire et sources

Ngô Thì Sĩ : l’historien qui doutait de l’épithète

Ngô Thì Sĩ (1726–1780) écrivit la Tiền biên et le Việt sử tiêu án. Son hypothèse de l’empoisonnement est la quatrième lecture : une interprétation tardive.

5 min de lecture L’interprétation
Un pont de bateau à l’aube, un homme barbu regardant vers un quai lointain.

Ngô Thì Sĩ est l’historien derrière la quatrième lecture de la série. Il n’a pas écrit la chronique ; il l’a lue, en a douté en partie, et a proposé quelque chose que la chronique ne contient pas. Sa page appartient à la section historique parce que le débat sur 1009 fait lui-même partie de l’histoire — et parce que ses deux livres montrent comment un lecteur tardif transforme un vide en hypothèse.

L’homme et les livres

Ngô Thì Sĩ vécut de 1726 à 1780. Il écrivit le Đại Việt sử ký tiền biên, une histoire en dix-sept quyển allant de la période légendaire à la fin de la domination Ming, et le Việt sử tiêu án, un recueil de jugements sur la chronique. La Tiền biên fut revue par son fils, Ngô Thì Nhậm. Elle fut imprimée pour la première fois en 1800, vingt ans après la mort de son auteur, sous l’ère Cảnh Thịnh de la dynastie Tây Sơn ; l’impression originale est réputée perdue, et les copies subsistantes sont des réimpressions Nguyễn anciennes.

Cette impression posthume n’est pas une note de bas de page. C’est la raison pour laquelle la série dit que la Tiền biên fut « imprimée en 1800 » plutôt que publiée par son auteur, et c’est pourquoi le livre appartient à une couche tardive du registre.

Ce qu’il a fait de l’épithète

Sa lecture de la mort de Lê Long Đĩnh procède en deux gestes. D’abord, il qualifie l’épithète « Ngọa Triều » de vulgaire et sans fondement — un jugement sur le surnom que la chronique explique par les hémorroïdes et la cour allongée. Ensuite, il consigne une question plus ancienne, introduite par « Có người hỏi… » (« quelqu’un demanda… ») : peut-être la famille Lý, quand le roi était malade, l’a-t-elle fait empoisonner avant de le dissimuler, si bien que les histoires ne l’ont pas consigné.

La distinction est précise : l’empoisonnement est une hypothèse consignée, introduite comme une question, sans preuve contemporaine. Elle nomme la famille Lý, non Lý Công Uẩn personnellement. La série l’étiquette comme une inférence écrite près de huit siècles plus tard, et la garde dans la Tiền biên plutôt que dans la Toàn thư.

L’autre jugement

Le Việt sử tiêu án est aussi l’origine du verdict tardif sur Phạm Cự Lạng. Ngô Thì Sĩ condamne le général qui rallia les troupes pour Lê Hoàn en 980, dans un distique qui demande pourquoi, si d’autres risquèrent leur vie pour le royaume, Cự Lạng approuva un dessein perfide. C’est un jugement moral écrit au XVIIIe siècle, et la page sur Phạm Cự Lạng le traite comme tel.

Lire les deux jugements ensemble est utile. Le même historien qui doutait du surnom officiel d’un roi condamna aussi un général pour avoir pris parti pour l’homme qui remplaça la dynastie. Il n’est pas neutre ; c’est un lecteur tardif avec un programme moral, ce que la série dit précisément que sont les lecteurs tardifs.

Ce qu’il ajoute à la série

Il est la quatrième lecture de 1009. La section historique du site met en scène le texte principal, la note populaire, Ngô Thì Sĩ et le registre des campagnes côte à côte, et aucun n’est confirmé. La question de la saison III — « Un tyran — ou une victime de la plume du vainqueur ? » — est sa question sous forme dramatique, même s’il l’écrivit comme un avertissement moral plutôt que comme un retournement.

La série ne résout pas la question avec lui, et cette page non plus. Sa valeur est de montrer le registre en train d’être discuté, des siècles avant l’arrivée du drame.

Ce que cette page n’affirme pas

Elle n’affirme pas qu’il a prouvé un empoisonnement, qu’il a imprimé la Tiền biên lui-même, ou qu’il était contemporain des événements. Elle ne donne pas de numéros de page pour le passage, et ne prétend pas qu’il a écrit chaque mot, puisque son fils a revu l’ouvrage et que des éditeurs tardifs l’ont imprimé. Elle ne transforme pas son hypothèse en fait, et elle ne traite pas ses verdicts moraux comme ceux du registre.

Pourquoi un historien tardif compte

Parce que la série soutient que le registre est fait par ses lecteurs autant que par ses auteurs. Ngô Thì Sĩ en est le cas le plus clair : un homme écrivant sept cents ans après 1009, dont le doute sur un surnom devint l’une des quatre lectures que le drame met en scène. La page est une note sur la manière dont le passé est re-débattu — et sur la distance entre « quelqu’un demanda » et « il en fut ainsi ».

Personnages

  • Ngô Thì Sĩ

Sources et références

  1. Ngô Thì Sĩ, Đại Việt sử ký tiền biên (première impression 1800, à titre posthume ; revu par Ngô Thì Nhậm)
  2. Ngô Thì Sĩ, Việt sử tiêu án
  3. Ngô Thì Sĩ, Wikipédia vietnamien (article consulté pour les dates et les œuvres)
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